« Aujourd'hui, je n'aurais pas le courage... »

Publié le par Florence

 

DSCF0498Nous avons travaillé ensemble l'année dernière. Elle était alors en pleine forme, portant allègrement ses 82 printemps. Au fil des entretiens, elle – d'abord hésitante – s'était prise au jeu du récit de vie et s'était mise à écrire. Entre deux rencontres, elle m'envoyait ses textes, que j'intégrais aux miens, et c'est à quatre mains que nous avons fait sa biographie.

 

Aujourd'hui, elle est sous traitement – rayons et chimiothérapie – pour un cancer qui s'est déclaré il y a quelques mois et s'est développé à une vitesse étonnante. La fatigue est là. Le poids des ans aussi.

 

 Heureusement que nous avons fini, me dit-elle. Aujourd'hui, je n'aurais pas le courage...

 

Elle ne termine pas sa phrase, mais ce n'est pas nécessaire. Je comprends bien que la mort est là, en filigrane de ses jours, et que revenir sur son passé quand la fin de sa vie paraît soudain si proche, ce serait trop douloureux.

 

Elle hoche la tête.

 

 C'est bien que nous l'ayons fait.

 

Le ton est serein ; elle est prête à partir, s'il le faut.

 

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Publié dans Tranches de vie

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les-jardins-d-aralf.over-blog.fr 09/10/2010 08:51


La sérénité qu'elle affiche doit certainement beaucoup au travail que vous avez effectué ensemble... Preuve s'il en faut de l'importance de "transmettre" et de l'importance de votre métier. Ne
seriez-vous un peu, pas par cet aspect du moins, le confesseur que les anciens réclamaient au moment de partir ?
Cordialement
Aralf
http://les-jardins-d-aralf.over-blog.fr/


Florence 09/10/2010 18:51



Bonjour Aralf,


Confesseur, je ne pense pas. Mais lorsque mes clients ne l'évoquent pas d'eux-mêmes (autrement dit, la plupart du temps), je me permets toujours (bien qu'il soit largement tabou dans notre
société) d'aborder le sujet de leur mort. Les réponses sont toujours très naturelles. Parfois même, on me remercie d'en avoir parlé. Preuve qu'il existe un besoin et que le manque
d'interlocuteurs est douloureux.


En tout cas, je pense que ces passages sont importants dans un récit de vie.



Christiane Lesage 06/10/2010 18:08


Ce témoignage me laisse des frissons. Nous sommes bien loin de l'écriture pure et simple. En vous lisant, nous sommes dans le partage, dans l'authentique car il ne s'agit pas de roman mais bien de
la "vraie" vie. Les émotions de votre "cliente" devenue, j'aime à le croire, un peu votre "amie" transpirent au travers de votre écriture, et deviennent un peu les vôtres et savent si bien
communiquer avec les nôtres...


Florence 09/10/2010 18:34



Une amie, je n'irais pas jusque là, mais une personne chère, sans aucun doute.


En tout cas, c'est pour ce genre de moment que je me félicite chaque jour d'avoir choisi le métier de biographe.